Translate

mardi 8 novembre 2022

Courrier du 8 novembre 2022.

 


Laisse parler ton cœur, interroge les visages, n'écoute pas les langues…” Umberto Eco
Cet adage, cité par l’un des protagonistes du maître livre Le Nom de la Rose, est riche d’enseignements. Ce sont les silences qui sont les plus révélateurs dans l’étude de caractères. Plus les paroles se répandent et plus l’ignorance prospère.Le temps passé à écouter des inepties est un temps perdu. Parler pour faire du bruit n’est d’aucune utilité. Rien n’est plus fatiguant que de supporter les certitudes assénées par un orateur inconséquent. C’est le doute qui fait avancer, le moteur de toutes connaissances réside dans la faculté de comprendre sans se  parler.
Autrefois, j'étais indécis, mais, à présent, je n'en suis plus très sûr.” Le Nom de la Rose - Umberto Eco

lundi 7 novembre 2022

Courrier du 7 novembre 2022.

 





« Les médias reflètent ce que disent les gens, les gens reflètent ce que disent les médias. Ne va-t-on jamais se lasser de cet abrutissant jeu de miroirs ? » Amin Maalouf

Avec l’âge, j’ai perdu la faculté de m’indigner, c’est très reposant. Les gesticulations des “danseurs pour la bonne cause” et autres me font rire. Réclamer à cor et à cri de la compréhension pour de multiples  croisades à grand renfort de pétitions - à peu près aussi utile qu’un emplâtre d’argile verte sur une prothèse de tungstène - est d’un pathétisme consternant.

Le conte zen qui suit est tiré du recueil “Le doigt et la lune”  d’Alexandro Jodorowsky. Ce texte illustre parfaitement  notre façon d’aborder le dialogue (ou le débat) que nous voulons entretenir avec nos semblables. Nous pensons discuter des mêmes problèmes et, finalement,  nous clabaudons de faits dissemblables et mal assimilés. La disproportion et l’outrance de nos propos sont nourries par le reflet biaisé apporté par les médias. Nous entretenons  ainsi sans fin notre incommunicabilité. 

Agir et penser avec sobriété, c’est l’assurance d’obtenir une vision plus claire et davantage d’objectivité dans la compréhension. C’est réfléchir avec clairvoyance sur la véritable nature des choses. "L'esprit raisonne, l'âme résonne.", écrit François Cheng, faites une juste synthèse des deux versants de votre montagne.

Observer sans interpréter, comme un chat à la fenêtre, avec lenteur et circonspection.

L’idiot et le théologien

Un moine zen vivait avec son frère borgne et idiot. Un jour, alors qu’il devait s’entretenir avec un théologien fameux, venu de loin pour le rencontrer, il se trouva dans l’obligation de s’absenter. Il dit alors à son frère!”

“Reçois et traite bien cet érudit! Surtout ne lui dit pas un mot et tout ira bien!”

Le moine quitta alors le monastère. Dès son retour, il alla promptement retrouver son visiteur :

“Mon frère vous a-t-il bien reçu?” s’enquit-il. Plein d’enthousiasme, le théologien s’exclama : “Votre frère est absolument remarquable. C’est un grand théologien.”

Le moine surpris bégaya :

“Comment?... Mon frère, un… théologien?...

Nous avons eu une conversation passionnante, reprit l’érudit, uniquement en nous exprimant par gestes. Je lui ai montré un doigt, il a répliqué en m’en montrant deux. Je lui ai alors répondu, comme c’est logique, en lui montrant trois doigts, et lui m’a stupéfait en arborant un poing fermé qui concluait le débat...

Avec un doigt, je professais l’unité de Bouddha. De deux doigts, il élargit mon point de vue en me rappelant que Bouddha était inséparable de sa doctrine. Enchanté par la réplique, avec trois doigts, je lui signifiais : Bouddha et sa doctrine dans le monde. Il eût alors cette sublime réplique, en me montrant son poing : Bouddha, sa doctrine, le monde, tout cela fait un. La boucle était bouclée.”

Quelque temps plus tard, le moine alla retrouver son borgne de frère :

“Raconte-moi ce qui s’est passé avec le théologien!

C’est très simple, dit le frère. Il m’a nargué en me montrant un doigt pour me faire

remarquer que je n’avais qu’un œil. Ne voulant pas céder à la provocation, je lui retournai qu’il avait de la chance, lui, d’en avoir deux. Il s’obstina, sarcastique: “De toute façon, à nous deux cela fait trois yeux. “ Ce fut la goutte qui fit déborder le vase. En lui montrant mon poing fermé, je le menaçais de l’étendre sur-le-champ s’il ne cessait ses insinuations malveillantes.”

(Le doigt et la lune - Alexandro Jodorowsky - Espaces Libres - Albin Michel.)









dimanche 6 novembre 2022

Courrier du 6 novembre 2022.






Semblable au jambon de pays bien enroulé dans son torchon, tu rêves encore dans l’odeur du café. Tu es le capitaine Nemo sur la passerelle du Nautilus, face aux abysses, d’ailleurs de même que l’habit ne fait pas le moine, l’abysse ne fait pas le marin… 

Soudain, une voix te parle à l’oreille, une révélation? Non, la TSF… Un journaliste intègre - il n’a pas eu le temps de mentir à ses parents ni de leur faire honte, étant enfant de la DDASS. Il débite de son ton monocorde et lénifiant les nouvelles du jour. À savoir, des types vont voter pour d’autres types. Ces derniers prédisant un avenir formidable dans pas très longtemps, incessamment sous peu. La mère Le Pen, avant d’aller élever ses chats, va faire don de son château de Montretout aux associations d’aide aux migrants… Rassurez-vous, c’est ironique, Ces gens-là ne montrent rien, même pas la plus petite trace d’humanité… Bref la chronique de la haine ordinaire.

Pour garder la sérénité et améliorer sa  santé physique et mentale, il est plus judicieux de couper l’image et le son. Je ne sais plus ni où, ni quand, un gars nommé Martin Lessard a écrit : « Les réseaux sociaux sont comparables à un fleuve en temps réel : on ne peut pas l’arrêter, mais on peut en boire un peu ». J’ajouterai, ça évite de se noyer dans ces marigots de boue.Je préfère ouvrir mes chers vieux bouquins, immuables, sans batteries, ni réseau et garder ainsi l’essentiel.“Un livre est un outil de liberté” Jean Guéhenno - Carnets du vieil écrivain.


 

 

samedi 5 novembre 2022

Courrier du 5 novembre.

 


    L'obscurité se pointe pour le thé alors qu’elle était invitée à l’apéritif. Dans la maison située derrière, une fenêtre s’allume. Il y une odeur de terre fraîche qui monte du jardin déjà assoupi, ce fainéant… Tu humes l’air de ce début de soirée comme un vieux chien de chasse, c’est une joie toute simple. Novembre se la joue toujours  “saison des souvenirs”. Il veut nous faire croire que vieillir donne froid. C’est un mois menteur. Il ne peut rien t’arriver tant que tu gardes un bout de lumière d’été dans la poche. 
    Les avaleurs de vent se fichent bien des saisons. Ils tracent leurs sillages sur la peau de la terre et s’évadent en chantant. Le ciel triste d’automne perdant ses couleurs et tout ce morose folklore… Ce n’est que de la littérature pour sédentaires mélancoliques. Rien n’empêche d'emprunter les chemins chaotiques des saisons en transit.

vendredi 4 novembre 2022

Il en a de bonnes, Victor...

J'adore le fond... Misère!  J'aime pas la forme... La correction est un supplice obligatoire, 
La suite au prochain numéro. 

lundi 3 octobre 2022

Son mais surtout lumière...



 C’est dans la nuit du samedi 29 octobre au dimanche 30 octobre 2022 que nous nous  transformerons en marmotte. Un petit conseil tout de même aux marcheurs attardés et aux cyclistes vagabonds qui n’ont pas consulté leurs montres et leur GPS : si ce n’est pas déjà fait, n’oubliez pas de ressortir vos jolis vêtements luminescents qui sont bien plus utiles sur la route en hiver que le samedi dans de sottes manifestations. Pour les adeptes du vélocipède n’hésitez pas à garnir généreusement  le casque que vous n’aurez pas manqué de  poser sur votre caboche fragile de multiples leds, diodes clignotantes et autres. Pour les marcheurs, une frontale qui crache le feu – j’en possède une et croyez-le, les chouettes des Ardennes ne s’en sont pas encore remises… -  n’est pas de trop. Voir où l’on pose ses pompes est un besoin élémentaire.

Pour les réfractaires, une simple constatation : mieux vaut passer pour un sapin de Noël en goguette que pour un pantin désarticulé sur le macadam… Et ne soyez pas chien avec l’énergie pour éclairer vos pas et vos pneus, pas de lumignon dans les vitrines mais sur votre façade personnelle ne  lésinez pas, les ravalements sont douloureux… 

Arrivé au printemps sans anicroches c’est un cadeau que l’on se fait…


jeudi 7 juillet 2022

C'est maintenant...


 “Notre vie est-elle autre chose que ce ballet de formes éphémères ? Tout ne change-t-il pas continuellement ? Les feuilles des arbres dans le parc, la lumière dans la pièce où vous lisez ces lignes, les saisons, le temps qu'il fait, l'heure qu'il est, les personnes que vous croisez dans la rue ? Et qu'en est-il de nous ? Toutes nos actions passées ne nous apparaissent elles

pas aujourd'hui comme un rêve ? Les amis avec lesquels nous avons grandi, les lieux de notre enfance, les points de vue et opinions que nous défendions autrefois avec tant d'opiniâtreté : tout cela, nous l'avons laissé derrière nous.
Maintenant, à cet instant, lire ce livre vous semble tout à fait réel. Pourtant, même cette page ne sera bientôt plus qu'un souvenir. Les cellules de notre corps meurent, les neurones de notre cerveau se détériorent ; et même l'expression de notre visage se modifie sans cesse, au gré de nos humeurs. Ce que nous considérons comme notre caractère fondamental n'est rien de plus qu'un« courant de pensée ». Aujourd'hui, la vie nous semble belle car tout va bien ; demain, ce sera le contraire. Où sera passé notre bel optimisme ?
De nouvelles influences nous auront affectés, au gré des circonstances. Nous sommes impermanents. Les influences sont impermanentes. Et il n'existe rien que l'on puisse qualifier de stable ou de durable.
Qu'y a-t-il de plus imprévisible que nos pensées et nos émotions ? Avez-vous la moindre idée de ce que vous allez penser ou ressentir dans un instant ? Notre esprit, en réalité, est aussi vide, aussi impermanent et aussi transitoire qu'un rêve.
Observez une pensée :elle vient, elle demeure et s'en va. Le passé est passé, le futur ne s'est pas encore manifesté et la pensée actuelle, au moment où nous en faisons l'expérience, se mue déjà en passé.
En réalité, seul l'instant présent, le "maintenant ", nous appartient.”
Le Livre tibétain de la Vie et de la Mort par Sogyal Rinpoché


C’est la vision de notre propre vie qui donne la mesure du regard que l’on porte sur le monde où nous vivons. Le mot que l’on entend le plus souvent de toutes les bouches est sans conteste le mot : PEUR. La peur irraisonnée, souvent sans véritable objet. La peur distillée en goutte à goutte pour informer, diriger, soumettre, lisser, faire croire que…

Pourtant si vous observez autour de vous, vous constaterez que le courant ne coule que dans un seul sens : de l’amont vers l’aval et c’est la seule certitude que l’on peut avoir. Lorsque vous rencontrez une embûche, un problème. Soit vous trouvez une solution et le souci sera résolu, soit il n’y a aucune solution et s’angoisser ne servira à rien et ne vous débarrassera pas du problème, donc…

C’est notre nature éphémère qui est, paradoxalement, la clé de notre joie de vivre. Ce n’est pas par  manque d’empathie ou de compassion que nous pouvons nous dispenser de contribuer au mal-être général. Hier après-midi, dans un cimetière de campagne, un homme âgé entretenait la tombe de son épouse. Sans amertume, il considérait l’assemblée réunie à quelques stèles de là pour un autre adieu au monde des hommes.  Il nous dit simplement : “voyez-vous, messieurs dames, nous ne sommes rien… Un battement de cil, un souffle”. Et cette simple et éternelle philosophie, “que vous soyez puissant ou misérable…” résume ainsi la valeur de la vie. L’instant présent est à vivre… Pleinement… Parce qu’hier ne laisse que quelques effluves qui s’évanouissent au matin et demain dévoile furtivement un horizon qui se brouille tel un mirage… Ne reste que maintenant, c’est le très célèbre dialogue de Charlie Brown avec Snoopy :

-Un jour nous allons mourir Snoopy.

- Oui, mais tous les autres jours nous allons vivre…

Voilà qui est infiniment précieux.










 

Un pas après l'autre... (5)

  Marcher rend humain… La marche est l’un des derniers remparts contre l’accélération du temps. La techno-culture nous a vendu ce concept...