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mardi 30 janvier 2024

Escale...

 

Ultime retour à terre… Il a longé la ligne dans le vent de marée. Il a encore le souvenir du sel et il a gardé autour de lui, le chant des oiseaux. Le voilà enraciné là…  On le devine à peine entre les vibrations de l’air. Ses aurores boréales sont devenues aurores bretonnes. C’est au milieu des bois qu’il grince. Il  a quitté les quais de l’enfance pour les rides d’aujourd’hui où le sable se niche. Son refuge est paisible en dépit des rafales, ses derniers traits s’érodent, il a terminé sa quête et son suprême  et immobile périple restera sans fin…


lundi 29 janvier 2024

Les goûts et les couleuvres...



« L'essentiel dans cette manière d'arriver est d'agréer maints soufflets et de savoir avaler une quantité de couleuvres : M. de Talleyrand faisait grand usage de ce régime des ambitions de seconde espèce. »

Chateaubriand - Mémoires d'outre-tombe

 Une des multiples origines de l’expression “avaler des couleuvres” est de nature gastronomique. C’était l’heureuse époque où les demoiselles anguilles pullulaient dans les rivières de France et où leurs abris ne se composaient pas encore de bidons et de bouteilles crasseuses, réceptacles mortifères de saloperies diverses et variées… 

Donc loin d’être un plat prestigieux, l’anguille était, à l’époque, ce que le hamburger est aujourd’hui pour l’adolescent boutonneux ou les tomates “bio de circuit court” pour le bobo soucieux d’éthique.  Quelques antiques farceurs eurent alors  l’idée, pure facétie de  potache,  de mêler à la matelote persillée quelques tronçons de couleuvres, afin de mieux profiter du spectacle des  crédules gobeurs de n’importe quoi…  Il arrivait que l’ infortuné convive  fasse  preuve de clairvoyance, mais il ne pipait  mot, la peur du scandale étant bien plus forte que le plat saumâtre servi à un nigaud…

  Certains chercheurs de peccadilles proposent plutôt une interprétation trompeuse entre le terme couleuvre et couleur, pourquoi pas?  Donner des couleurs à gober, c’est un peu plus gai.  Il est vrai qu’une bonne couche de peinture peut vous faire passer une antique pétoire pour le summum de la technique automobile, un peu de fard sur une grimace rend toute suite les choses plus supportables.

         Le serpent de l’Eden qui provoqua un joyeux patacaisse dans les vergers célestes en  bradant à vil prix  la Royale Gala à cette niaise  d’Eve était-il couleuvre? En l’absence  de squelette, la confusion est permise.

         Arsène Muselier, héros de Marcel Aymé, digne fils de la terre, cul-terreux matois ne fit pas, lui, l’erreur d’avaler les couleuvres de la Vouivre, femme? femme-serpent? serpent-femme? Arsène est raisonnable et n'osera pas ruser afin de  s’emparer du fabuleux bijou de la Vouivre, il préférera combattre les serpents que les avaler  ce qui est moins indigeste.

Mais que les petits malins  ne s’amusent pas trop de la   crédulité des naïfs. Les  candides ont su cultiver cette particularité comme une qualité de cœur. Sous un air bonhomme, ils sont très capables de discerner l’ombre  d’un soupçon de malice. Par  souci de pudeur ou par  délicatesse, ils préfèrent jouer les imbéciles, c’est bien  plus reposant.

 Tel le dieu Janus, les crédules ont deux visages : l’un d’innocence souriante, gourdiflot béat traversant les marécages des passions humaines ; l’autre de scepticisme amusé mêlé d’un voile de mélancolie,  les plus belles choses sentent parfois  un peu le moisi…

         La conclusion de cette réflexion ‘reptilo-gastronomique” s’adresse aux satisfaits, aux fats, aux outrecuidantes baudruches piétinant  les rêves et les sentiments des naïfs.

         C’est cette célèbre  phrase de Georges Courteline :

         “Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet…”

        

 


vendredi 26 janvier 2024

L’anti-aventure.



    8500 kilomètres…  Il y a environ 8500 kilomètres de voies navigables intérieures -  et on ne  compte même  pas toutes les petites rivières bien planquées, genre Le Léguer de Bretagne.  C’est une bien jolie contrée que ce vieil hexagone. Sans compter  la Loire, ce roi des fleuves, trop libre pour supporter la moindre coque pansue. Pour ce sauvage monarque, il nous reste heureusement les joies de la pagaie…
    Parcourir les canaux et rivières à la vitesse humaine de 5 à 8 km/h marque l’opposition ultime à la trépidation stérile, contemporaine et tapageuse.  C’est incarner  le "Quiet Captain” d’une “anti-aventure” à la barre d’un avalant de moins de 20 mètres. Vivre le premier sassement de la première écluse, le bouillonnement de l’eau sur les vantelles et le bateau qui monte.
    Passer l’écluse dans le soir arrivant et contempler sereinement le mouvement lent des arbres sur la rive, dans le silence - vous n’entendrez  aucun cri strident de singe dans la jungle placide du canal de Bourgogne -  Juste le glouglou  d’un petit cru bourgeois qui  fait de la plongée dans la fraîcheur de l’onde…
Liquide randonnée qui en vaut bien une autre  car  tout est toujours  là…  Dehors!



 

jeudi 25 janvier 2024

Ne crois pas que les Dieux soient des mecs… (1)





Allez! On remet les pendules à l’heure… On se balade dans l’inconscient universel et on raconte la mythologie (la véritable histoire!). Alors que depuis pas mal de millénaires, ce sont les femmes qui transmettent la vie, pourquoi de petits rigolos se sont  choppés  le melon à vouloir monopoliser le Panthéon des divinités? D’ailleurs, il est tout à fait  admis, et ce depuis  quelques décennies,  que les femmes ont le droit de porter le Panthéon (court ou long, tout dépend des religions…)
On commence par Yemova, la mère de nombreux orishas, divinités d’Afrique de l’Ouest qui ont migré vers l’Amérique du Sud  et que l’on retrouve dans le Vaudou.
Yemova est la représentation divine du principe maternel et du fleuve Ogun. Elle est de ce fait associée à l’eau et à la fertilité, est parfois symbolisée par une queue de poisson ou des signes visibles de maternité, une poitrine opulente par exemple.
Au Brésil elle se nomme Yemanja de la mer, si vous l’ignorez, écoutez mieux Bernard Lavilliers…
Donc Poséidon, camembert, va jouer avec ton trident!
 

mercredi 24 janvier 2024

Le Vieux Jimmy...

 

“J'ai décidé de ne plus rien décider,
d'assumer le masque de l'eau,
de finir ma vie déguisé en rivière,
en tourbillon, de rejoindre à la nuit
le flot ample et doux, d'absorber le ciel,
d'avaler la chaleur et le froid, la lune
et les étoiles, de m'avaler moi-même
en un flot incessant.”
Homélie
“Ces quelques règles de vie simples à respecter – un stylo noir la nuit, un stylo en or en plein jour, éviter nourritures trop tristes et main un peu lourde sur le whiskey, ne pas pointer une arme à feu vers soi, ne pas canarder en poussant le cri-cri de la bécassine , ne pas utiliser d'essence comme fluide de démarrage, ne pas lire de journaux cochons sous le nez des hôtesses de l'air
– ça arrive tout le temps; il est temps d'arrêter de nettoyer son assiette, temps d'oublier l'anniversaire des morts, de donner tout ce qu'on peut aux pauvres.
ça pourrait continuer comme ça longtemps et d'ailleurs ça ne va pas manquer : qui peut choisir entre l'animal sur la route et le fossé? Un magnum pour déjeuner c'est un peu trop mais pas assez pour dîner. Lustrez les étoiles réelles la nuit comme un homme invisible caresse un chien, un homme bien réel, le souvenir d'un chien perdu sous le treillage de la belle-de-jour quarante ans plus tôt. Dansez avec vous-même de tout votre cœur de toute votre âme, de temps en temps avec d'autres, mais ne mangez pas toutes les baies que mangent les oiseaux sinon vous mourrez. Embrassez-vous dans le miroir mais ne tombez pas amoureux des photos de jeunes filles dans les magazines. Ne tombez pas amoureux comme si vous tombiez dans un trou du plancher dans une maison abandonnée, ou bien d'un quai la nuit, ou dans une crevasse recouverte d'une couche de poudreuse, vache qui se débat dans les sables mouvants tandis que les autres vaches regardent sans intérêt particulier, ou bien encore en arrière d'une corniche qui s'effrite. Ne tombez pas amoureux de deux à la fois. Du plafond, vous voyez bien le cercle que forment les trois, quoique l'une puisse être ailleurs. Il est déchiré, il se déchire lui-même, il danse, il tournoie si vivement que tout ce qu'il est vraiment vole de tous côtés. Il se recroqueville comme un papier froissé mais se lève chaque jour d'entre les morts.”
Théorie et Pratique des Rivières - Jim Harrison 





mardi 23 janvier 2024

Dans les pas du camarade Sigeric…

 


989… Le camarade Sigeric de Canterbury, évêque de son état, est appelé à Rome. Il vient d’avoir une promotion. Le DRH de la société Dieu le Père et Dieu le Fils SARL - oui, la responsabilité est extrêmement limitée, la comptabilité étant impénétrable… -  veut le voir pour un entretien. Il veut lui remettre le pallium, bande de laine blanche marquée d’une croix (c’est marqué dessus comme le Port-Salut…) Ça en jette plus qu’un costard cravate, excusez du peu… Bande de mécréants.
Son voyage de retour de Rome vers Canterbury constitue le plus ancien blog de voyage du Nord de l’Europe. À l’époque, aucune crainte de tomber en panne de batterie pour décrire les 79 étapes de ce qui est la Francigena. Ils n’étaient pas sots nos vieux pérégrins…
Donc évoquons ce premier tronçon français de la voie - Via Francigena, cette partie qui va de Calais à Rocquigny à l’orée de la Somme. Une grande oblique tracée à travers le Pas-de-Calais. Pourquoi? Et bien comme ça… Parce que je ne vais pas me priver de parler des pierres du chemin et des petits zoziaux. Et puis je l’aime bien moi Sigeric, il porte un nom à figurer dans un roman d’Umberto Eco. Et puis, un type qui donne un sens à ses pas donne un sens à sa vie. Si vous ne me croyez pas, achetez-vous des sandales et allez crapahuter!


lundi 22 janvier 2024

« L'eau parle sans cesse et jamais ne se répète. » Octavio Paz

 


Si, comme l’écrit l’écrivain mexicain Octavio Paz, l’eau parle, il nous faut l’écouter attentivement…  Une bonne pratique du kayak se doit d’être silencieuse et discrète. C’est une embarcation idéale pour observer la vie sauvage et découvrir l’environnement naturel. N’importe qui peut agir pour protéger et embellir les sites traversés et explorés.

En premier lieu, ne jamais perturber le milieu - il convient de garder une distance raisonnable par rapport à la vie sauvage - si les oiseaux s’agitent et s’envolent lorsque vous passez, vous êtes trop près et (ou) trop bruyants…

Ne laissez jamais aucune trace, sur l’eau, dans l’eau et à terre, aucun détritus d’aucune sorte.

Renseignez-vous sur les périodes de reproduction des animaux vivant sur les rives, dans les estuaires et dans l’eau. Aucun dérangement et une très grande attention lors de vos déplacements,, vous êtes invités chez les autres, éviter de déféquer dans leur salon, c’est la démarche… 

Si vous rencontrez des détritus laissés par de moins délicats que vous, n’hésitez pas à les ramasser ou à signaler à qui de droit, les dépôts sauvages d’ordures que ces immondes débiles laissent derrière eux… 

  Appliquer le FOMEC  - que les papys dont je fais partie ont appris au service national - F (forme), O (ombre), M (Mouvement), E (Environnement), C (couleur). En clair, invisible, inodore, incolore et muet… Et là, la minuscule aventure restera un grand moment…



Un sac usé aux bretelles.

Il n'y a pas de secret, rien qu’un sac usé aux bretelles. Il y a des gosses qui courent au bord de la rivière et des nuées orageuses s’a...