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jeudi 8 février 2024

Cerveau Lent...

 



Respirez! Respirez un bon coup avant d’être ensevelis! Fusionné avec le paysage, vous devenez invisible, et par ce fait, définitivement à l’abri du fléau des enquiquineurs. Le ciel démesuré donne la juste mesure de ce besoin constant de respirer. Sur l’horizon, les bleus se fondent, les bleus vibrent. De jeunes mouettes impertinentes se faufilent tout en  se donnant des airs supérieurs. Vous regardez autour de vous… L’aile de toile du papillon… Un papillon pour de faux, un cerf-volant et un cerveau lent s’unissent le temps d’une marée… L’éternité doit ressembler à ça…



mercredi 7 février 2024

Regard…


Je suis un spectateur fasciné par la diversité. C’est cela, s’étonner sans lassitude… C’est la seule façon de vivre où l’ennui n’existe pas. Considérer la nature et ses innombrables combinaisons, c’est magique. Je suis comme un explorateur de sensations. Ce n’est pas tant le sensationnel que je vise mais plutôt le minuscule détail qui passe inaperçu du plus grand nombre, un arrêt sur image dans le remue-ménage permanent. C’est finalement, depuis toujours, la minuscule  broutille que je cherche. le petit plus qui accroche un sourire au quotidien. Ma méditation journalière, c’est ça.

Chaque jour, un spectateur du monde est accaparé par sa  quête. Par la certitude que cette existence est loin d’être banale, il suffit juste de bien observer.

L’étonnement, c’est la faculté  première de l’enfant que l’on s’efforce de préserver.

L’important, c’est de s’entraîner chaque jour à voir avec des yeux neufs.



 

mardi 6 février 2024

Cet instant...

Cet instant, c’est le tremblement et le friselis du petit vent du sud. C’est une délicatesse de la nature où  la brise est complice, elle ébouriffe un peu la plume végétale. Il y a du soleil, le ciel est immense ; l’air est transparent comme un lac de montagne.

Il y a du monde en prairie. Les têtes floconneuses penchent leurs têtes d’aigrettes. Elles attendent leur cours de parachutisme. Elles prennent le large. Un souffle léger et c’est, tout à la fois, la fragilité, l’éphémère, la vie …



 

lundi 5 février 2024

Matinal...

Passent les jours, passent les années, les champs  d’été ondulent comme nos vies. Dans la cuisine silencieuse, c’est toujours les vacances. Une tasse est posée sur la table, elle fume… Volutes paresseuses et odorantes déposant sur la nappe de facture campagnarde et tachée une buée d’arabica.

Dans un coin, patte à patte, le chat s'éveille, tâtant précautionneux, l’or fondu des carreaux de grès.

Au plafond, on devine que les mouches s’invitent pour la journée. L’escalier grince. Là-haut, un lit gémit… Dans le jardin, le pommier trémule et se paye le luxe d’une ombre sur la terrasse.

Un matin comme ça,  on se souvient des couleurs criardes  du marché, on renifle les parfums de blé mûr… On contemple amusé la sarabande des merles et leur bonheur frénétique d’être des oiseaux… On se souvient avec tendresse de la mélancolie légère des dimanches de l’enfance.  La lumière d’ici se caresse du bout du pinceau lorsque les pierres violines se font dentelles.

Pas besoin  de tumulte, nous sommes au-dessus des frayeurs et l’ ’histoire pour être simple n’en est pas moins belle. Peu importe les jours, laissons là les années.

Il va faire très beau…



 

samedi 3 février 2024

Dis-moi Coucou ?




Février est encore bien loin  de  rendre  son âme grise  au diable. Les chemins creux attendent encore  des jours meilleurs… 

Un peu comme  lorsque  nous visitons une maison inconnue, l’hiver,  fait son mystérieux et  invite pourtant à parcourir les monts. Le Steenmeulen brandit ses longs et maigres bras au pied des Récollets. Il attend que le souffle de la mer du nord se fasse plus doux pour lui tourner la tête. Non loin de là,   se trouve  le lieu-dit « Le Coucou », qui vit très bien pour l’heure  sans en entendre chanter un seul. Il est encore  bien trop tôt pour annoncer le printemps, l’inauguration n’est pas pour cette semaine.

Lorsque je rencontrerai ce plumeux opportuniste  que lui dirais-je sous le doux soleil d’une nature balbutiante? Encore un printemps, encore un chemin…

 Retrouvant la vieille sentence oubliée, parlant la langue de Compère Goupil dans le Roman de Renart, je lui demanderai « Coucou des bois, coucou des champs, coucou des houblonnières. Argarde dans ton livre. Combin qu’j’ai d’temps à vivre. Si te l’sais, dis-moi lu. Si te l’sais pas, apprends-lu. Ou ben j’te frais pende. A la pus haut’branche. »

Rassure-toi mon petit ami ailé, je ne te demanderai rien d’autre que de pousser ton cri dans le creux des bosquets. Comprenne qui voudra, avec ou sans nous, la saison passera. Vent glacial ou pâle soleil, vent du nord ou roses nuées, non loin du lieu-dit « Le Coucou » tournera les longs bras maigres du Steenmeulen et son tic-tac éternel. 

Au creux de l’après-midi d’un  février naissant, je lis quelques mots de ce  vieux compagnon qu’est Maurice Carême, celui que l’on qualifie parfois de poète des enfants comme si c’était là une indignité… Les poètes sont des enfants qui écrivent pour des ombres s’efforçant de ne pas oublier d’avoir été d’idéalistes rêveurs…

Comprendrai-je jamais…


Comprendrai-je jamais ici

Pourquoi je regarde le ciel,

Donne rendez-vous à la lune,

Érige  des tours de Babel

Alors que je reste perplexe

Devant une chauve-souris

Qui met un accent circonflexe

Sur la coupole de la nuit ?

Un oiseau chante, un moulin cliquette et grince, intemporels métronomes de la portée sur laquelle  j’écris. Anodine et imperceptible mélodie qui rythme les pas de ma petite vie. Ma route sinueuse toute en bifurcations, en haltes et en rencontres. Dis-moi Coucou des champs où me mène le sentier ?


 

jeudi 1 février 2024

Lieux non communs...

 


 Toute la subtilité de la démarche est de ne jamais s’accaparer des lieux que l’on traverse. La bonne pratique est de laisser les atmosphères vous imprégner, laisser le paysage s’emparer de votre  petite personne.  De toutes les façons, on ne laisse que d'infimes traces de notre passage -  à  la  condition de ne pas se comporter comme un sagouin - mieux vaut  garder à l’esprit  que nous ne sommes que des invités  et que nous  restons très peu de temps .
En habitant la nature, arrive un  moment où la nature vous habite et chaque minuscule détail devient alors sujet d'étonnement. Voici  peut-être encore  une nouvelle explication de ce que  certains appellent la foi. Après bien des saisons, j’ai la ferme et définitive  conviction  que la foi libère alors que la croyance enferme.
La mesure de l'âge donne l’occasion de  cultiver cette naïveté des choses à  l'écart du monde et du vacarme. Cette étonnante  découverte journalière :   la fragilité de l'ensemble où rien n'est anodin, sans angoisse et en pleine conscience de la dualité entre être et avoir été,  la clé de toute la voûte…
C'est une philosophie saine d'aimer la vie comme l'expliquait Sylvain Tesson à  France Inter pour présenter son livre  : "Noir" :
"... c'est la même chose parce que la mort c'est la vie, et la vie c'est la mort. Si nous ne mourrions pas la vie n'aurait pas de valeur. La beauté de notre existence tient dans son caractère éphémère. On sait que c'est bref, tout de même. On n'aimerait pas trop que ça s'arrête. Mais c'est parce que la vie va s'arrêter qu'il faut l'aimer et qu'il faut la dévorer avec appétit. Je ne vois pas tellement de différence entre l'Himalaya, la beauté du monde, la montagne, l'exaltation vitale et la certitude qu'on va mourir. C'est au contraire un appel qu'il faut absolument avoir à l'esprit. Il ne faut jamais l'oublier."(Sylvain Tesson).
Il a parfaitement raison Sylvain,  parcourir les forêts profondes et les océans  immenses et s'extasier un peu plus chaque jour sur la chance qui nous est donnée,  traverser cette vie si terriblement belle…
"Tu trouveras bien plus dans les forêts que dans les livres."
Bernard de Clairvaux 



mercredi 31 janvier 2024

Au pied de la paroi...



La quête est certainement le thème le plus abordé et le plus fascinant dans la littérature. Il semble que ce siècle tristounet offre le spectacle permanent d’un monde artificiel aux horizons de carton-pâte, un théâtre médiocre un peu plus affligeant à chaque jour qui passe…

L’ un des remèdes, le seul peut-être… est  de trouver sa propre montagne sacrée à gravir. Mont Yên Tu pour laquelle, à l'image du roi Trần Nhân Tông, il vous faudra abandonner le palais royal de votre confort ainsi que  vos  aliénants conformismes afin de pouvoir  vous regarder en face. Mont Meru, âpre massif,  où seul l'or de vos émotions retrouvées pourra vous être d'une quelconque utilité.
Ce  vieux compagnon de route, le monumental Dante Alighieri, nous parle de Purgatoire sous la forme d'une montagne. L'escalade y  est synonyme de libération. Passerelle entre Ciel et Enfer, chère aux philosophes du Moyen Age. Mais, nous ne sommes pas de misérables pécheurs gagnant notre salut en nous écorchant les mains aux  pierres acérées, ici-bas  pas d'anges séraphins ni de démons cornus, juste  un profond  ennui. Votre pénitence : subir le quotidien abrutissant qui contamine davantage et ce, à chaque minute,   l'humanité de notre hémisphère, trop nourrie et trop effrayée par la seule perspective d'être en vie. 
   En montagne, lorsque vous êtes en péril, la seule voie possible est d’aller  vers le haut  toujours et encore… et  la perspective du départ vers le camp de base est souvent encore plus effrayante que l'escalade de la pente elle-même. 
Au pied de la côte : une muraille vertigineuse - elle  n'est que la somme des angoisses, des actes manqués, des lâchetés et de l'image sublimée que l’on possède  de nos pauvres carcasses. Essuyez le fard de vos joues, et regardez... derrière il y a votre véritable visage. 
La montagne, symbole de  vie, l'image illusoire que nous offre la nature de l'inaltérabilité des choses, alors que l'impermanence est la seule vérité, même pour les sommets. La montagne est à la fois masculine et féminine. Masculine avec ses proéminences et ses saillies lancées vers le ciel, pompant l'énergie du sol pour l'expulser vers le ciel... Féminine avec ses cavernes et ses crevasses cachées, secrètes, ses sources abritant la vie… et la vie est avare en montagne, c'est le signe que la vie est précieuse. 
La sagesse est de se mettre en marche vers le camp de base pour affronter la dernière ligne droite avec sérénité. C'est votre Voie et vous êtes le seul, la seule, à pouvoir  l'affronter. Ce n'est pas toujours  un combat, juste une tentative de compréhension de cet univers dans lequel nous évoluons sans jamais nous arrêter, comme si le sommet était toujours plus haut... Les montagnes comme les hommes ont une fin, mais considérez  cette marche vers l'absence avec philosophie  est  un aboutissement. 
 
"Prendre la vie au sérieux ne signifie pas se consacrer entièrement à la méditation comme si nous vivions dans les montagnes himalayennes, ou jadis au Tibet. Dans le monde contemporain, il nous faut certes travailler pour gagner notre vie. Pourtant, ce n'est pas une raison pour nous laisser enchaîner à une existence routinière, sans aucune perspective du sens profond de la vie. Notre tâche est de trouver un équilibre, une voie du juste milieu. Apprenons à ne pas nous surcharger d'activités et de préoccupations superflues mais, au contraire, à simplifier notre vie toujours davantage. La clé nous permettant de trouver un juste équilibre dans notre vie moderne est la simplicité."  Le Livre tibétain de la Vie et de la Mort -  Sogyal Rinpoché. 


 

Un pas après l'autre (2)

  Bouge, tu seras moins sot! “Ce que nous appelons pensée est l’internalisation évolutive du mouvement” ce n’est pas moi qui le dit, c’est ...